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La Terra Preta, Une Méthode D'avenir En Agriculture Durable.





La Terra Preta est un sol artificiel, une terre noire exceptionnellement fertile se trouvant sur les bords du fleuve Amazone. C'est l'une des terres les plus fertiles au monde, mais sa particularité est de ne pas être un sol "naturel". Il a été crée entre l'an -800 et l'an 500 par une civilisation précolombienne aujourd'hui disparue.


UN MÉLANGE COMPLEXE

La Terra Petra se caractérise par une terre noire très riche en carbone, et d'une épaisseur allant de 50 cm à 2 mètres. Mais aussi par sa capacité à se renouveler d'elle-même à raison de 1 cm par an. Structurellement, cet anthroposol est composé de grains de charbon de bois qui sont autant de pièges à nutriment facilement accessibles pour les plantes…

Cette terre n'est toutefois pas uniquement constituée de morceaux de charbon. Les amendements effectués par les populations amazonienne précolombienne consistèrent en un mélange complexe fait de charbon de bois, de tesson de poterie matériaux aussi poreux, de cendre riche en en phosphore et potassium (P et K), de résidu de récolte composté (P et K), de matière organique diverse disponible sur place, ainsi que fumier animal et humain et d'arrête de poisson, d'os broyé, riche en phosphore et calcium…

QUALITÉ STRUCTURELLE

Ce sol forme par sa structure un sol aéré donc chaud, poreux, il capte facilement l'eau, il est donc particulièrement propice a un bon développement racinaire... Le charbon, le tesson, quand à eux maintiennent une humidité constante (fraîcheur) nécessaire aux échanges chimiques entre les plantes et le sol… la particularité de la Terra Preta sur ce point tient comparativement à d'autres sols de qualité, à la plus grande disponibilité des éléments chimiques nécessaires à une plante, car il n'est pas tout d'avoir du soleil, de l'eau, un sol aéré et riche, encore faut-il que les éléments du sol ne soient pas totalement captifs, donc inaccessibles par les plantes… c'est sans doute ici que se trouve le "plus" de la Terra Preta en face de nombreux autres sols de qualité égale, naturels ou artificiels…









UNE TERRE VRAIMENT VIVANTE

L'on pourrait penser qu'une terre amendée de charbon plus ou moins actif serait totalement stérile, le charbon étant réputé pour ses facultés bactéricides. Toutefois, dans le cas de la Terra Preta il a été démontré que le charbon, par sa porosité, servait de refuge aux micro organismes et préservait la vie microbienne nécessaire à un sol riche, vivant et productif.

Car cette terre est une terre surtout vivante car l'on y dénombre plus d'un millier de micro-organisme participant à la fertilité et à la structuration du sol. Mais au-delà de cette diversité microbienne, une variété de lombrics locaux y ont une activité toute particulière, car c'est sans doute grâce à leur action que la Terra Preta se renouvelle et gagne du terrain si on lui apporte de quoi s'étendre. En effet, ceux-ci, en absorbant la biomasse et le charbon déposé en surface, en les broyant finement et en faisant migrer ces éléments en profondeurs, permettent à cette terre, tant de conserver ses propriétés exceptionnelles, que de s'étendre…

UNE DÉFORESTATION PARADOXALE

La présence d'un sol aussi riche au sein du bassin amazonien réputé pour ses sols argileux et jaunes, très pauvres peux sembler paradoxal quant on sait combien la déforestation vivrière sur brulis est à l'origine de la déforestation massive de la forêt amazonienne… la Terra Preta existe et est connue depuis longtemps, toutefois la méthode "indigène" de sa production semble avoir été perdue en même temps que s'effondrait la civilisation qui l'avait inventé.

C'est sans doute la raison pour laquelle les populations actuelles ignorant la reproductibilité de cette terre, ne pratiquent que des cultures sur brulis après déforestation. De fait, ces populations ne peuvent espérer produire plus de deux ans sur une parcelle déforestée, car les terres jaunes de l'Amazonie demandent un temps de jachère de 8 à 10 ans pour renouveler leur faible capacité productive.

Le paradoxe est là, car la Terra Preta a des rendements supérieur de 20 à 50%, sans apport d'engrais, à celle des terres jaunes, et ne demande que 6 mois de jachère pour retrouver leur fertilité... Il a été montré qu'avec l'ajout d'engrais une terre jaune devenue Terra Preta permettait un bond productif de 800%. L'on à même démontré que ses sols pouvait rester productif pendant 40 ans sans apport extérieur.

Tout le paradoxe de la déforestation est là, car si cette technique de culture avait été transmise les "locaux" n'auraient pas besoin de réduire l'Amazonie en cendre pour survivre, les parcelles supplémentaire déforestée resterait pérenne au lieu de voir les sols dénudées et cendré, être lessivés par les fortes précipitations tropicale.

UNE SOLUTION A L’APPAUVRISSEMENT DES SOLS

Ce type d'amendement est donc une méthode sûre d'amélioration des sols les plus pauvres, et une certitude de rendement sans apport externe multiplié par 1,2, ou 1,5, et par 8 avec engrais... Donc de parvenir aux rendements des sols les plus fertiles du monde sans toutefois que ses sols ne s'épuisent, soit tout à fait dans une optique de développement agricole et horticole "durable"…

De fait la volonté de l'usage des Terra Preta (car elles sont multiples dans le bassin amazonien) ne saurait donc seulement se limiter aux sols les plus pauvres, car il n'est d'agronome qui ne sache que la fertilité des sols, années après années, au vu de nos modes de cultures intensives et peu respectueuses de l'environnement dépérissent du fait d'une stérilisation progressive des biotopes microbiens.

Certains disent que jamais nos sols n'ont été aussi pauvres qu'actuellement, même nos terres les plus riches ne résistent pas à l'intensification des rendements, car ses rendements s'accompagnant de l'usage de nombreuses molécules biocides formant des cocktails chimiques dans le sol qui réduisent la flore et la faune nécessaires à une production tant saine que réellement durable... Les Terra Preta sont donc sans doute l'une des solutions les plus sûres quand aux type d'amendement possible des sols dans une optique de durabilité d'une agriculture, qui, sans perdre ses rendements, produirais surtout beaucoup mieux.

Ici, l'exemple précolombien démontre bien qu'il fût possible pour cette civilisation de produire en grande quantité nécessaire à une population nombreuse, pour une civilisation et pas simplement une agriculture vivrière villageoise. C'est dit-on cette civilisation de l'Amazonie, vivant sur ces terres noires, qui fût à l'origine de la légende de l'Eldorado, le pays de l'or certes, mais aussi et surtout le pays de cocagne, où tout pousse en abondance et sans difficulté.

UNE SOLUTION DURABLE A L'ECHELLE MONDIALE

Ainsi, l'on peut affirmer que les Terra Preta participeront à l'avenir des productions agricoles mondiales, car du fait de leurs propriétés exceptionnelles, (durabilité, économies d'intrant, santé du sol, santé des productions, résistance aux maladies, moins de traitement), les Terra Preta permettrons de produire une agriculture aussi performante, voir plus performante que l'actuelle (du à l'amélioration des sols ingrats) et surtout de retrouver une qualité de production malgré l'intensification nécessaire de la production.

Ainsi promouvoir les Terra Preta comme moyen premier à toute volonté de production durable ne doit pas rester des lettres mortes. Car on ne peut penser à une agriculture forte dans le futur perdurant dans des méthodes qui réduisent les capacités du sol tant à produire, qu'à fournir des productions saines et de qualités.

29 AOÛT 2012 PAR HÅL HARFANG ÉDITION : VERT-TIGE


https://blogs.mediapart.fr/edition/vert-tige/article/290812/la-terra-preta-une-methode-davenir-en-agriculture-durable